samedi 5 décembre 2009

Autre chef d'oeuvre : HADEWIJCH de Bruno Dumont *****

A voir absolument, quoi que cela vous coûte.

Vincere de Marco Bellochio : attention, chef d'oeuvre ! *****

On n'avait pas vu ça depuis L'Amour Braque de Zulawski.

jeudi 26 novembre 2009

Soirée Fantastique à Fougéres

Le cinéma Le Club de Fougères organise une soirée fantastique, le vendredi 4 décembre, avec deux films: La Route de John Hillcoat et The Children de Tom Shankland. La soirée débutera à 20H avec celui-ci:

Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s'est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d'un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d'énergie, plus de végétation, plus de nourriture... Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. C'est dans ce décor d'apocalypse qu'un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets hétéroclites - le peu qu'ils ont pu sauver et qu'ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette. L'humanité est retournée à la barbarie. Alors qu'ils suivent une ancienne autoroute menant vers l'océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des
rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n'a ni but ni espoir, il s'efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers.


Puis à 22H30:
Deux familles se réunissent dans une maison de campagne pour célébrer les fêtes de Noël. Un havre de repos pour les parents, un parfait terrain de jeu pour les enfants. Très vite pourtant, ce moment privilégié prend une tournure qu'aucun des adultes n'aurait pu envisager : leurs propres enfants, sous l'effet d'un mal mystérieux, se retournent contre eux avec une cruauté et une ingéniosité implacables.


Deux bons films fantastique pour 11€, mais si on veut les films peuvent être vus indépendamment pour son tarif normal. Pour plus d'info, addictes d'hémoglobines, c'est ici

dimanche 8 novembre 2009

Les Herbes Folles***




Les Herbes Folles est le nouveau film d'Alain Resnais qui a reçu un prix exceptionnel du jury au dernier festival de Cannes. Le réalisateur agé de 87 ans n'en finit pas de nous étonner, une fois de plus avec cette histoire surprenante, étrange fruit de son imaginaire débridé. Car depuis quelques années on reconnait au fil de ses films les ingrédients de son cinéma : beaucoup de fantaisie, de la folie douce, une place importante accordée à l'imaginaire et un univers visuel fort.



Les Herbes Folles est l'adaptation d'un roman de Christian Gailly "L'incident". Resnais met en scène une femme Marguerite Muir (Sabine Azéma) qui se fait voler son sac à main à la sortie d'un magasin de chaussures. Un homme retraité Georges Palet (André Dussolier) va retrouver un portefeuille appartenant à cette femme et va alors vouloir retouver sa trace, rencontrer cette femme, la connaitre peut être c'est ce qu'on verra. L'histoire nous est racontée par la voix off d'Edouard Baer. On entre alors dans le film comme dans un conte, comme une histoire qu'on raconte à des enfants qui rêvent d'évasion, de surprises voire d'enchantements. Dès le début du film on s'attache à son atmosphère étrange, singulière, décalée. En effet on retrouve le tandem Dussolier-Azéma socle de la famille Resnais qui s'ouvre à de nouveaux comédiens comme Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Anne Consigny ou encore Sarah Forestier et Nicolas Duvauchelle. Ce qui nous intéresse c'est le destin du couple Dussolier- Azéma, pas tant leur histoire mais plutôt la façon de la raconter, da la mettre en scène. Du point de vue de la mise en scène, Resnais montre une liberté totale qui lui permet toutes les audaces formelles. Par exemple lors d'un déjeuner familial, la caméra s'égare, virevolte sur un air jazzy. On ressent le plaisir de filmer du réalisateur. On est aussi frappé par le traitement des couleurs du chef opérateur Eric Gautier qui avait déja travaillé sur le précédent Coeurs. Son travail rappelle un certain Wong kar Wai. Les couleurs vives donnent un aspect surréaliste au film (la coiffure rouge pétante de Sabine Azéma, Les robes d'Anne Consigny...).




On peut noter également concernant les personnages du film qu'Alain Resnais s'est inspiré des comics. En effet certains sont représentés comme des personnages de b.d, le duo de policiers par exemple ressemble aux dupont-dupont. Alain Resnais crée son propre monde. Il se permet aussi d'inclure une fausse fin dans le film. Cependant on peut se sentir perdu par une narration un peu brouillonne, frustré par le manque d'épaisseur des personnages . On se dit finalement que Resnais à 87 ans expérimente encore et que ce qu'il aime c'est réserver des surprises au spectateur, le déconcerter aussi. Pari tenu.

jeudi 22 octobre 2009

le Ruban Blanc**

Dans le Ruban Blanc, Michael Haneke nous transporte en 1913 en Allemagne du nord dans un village protestant à la veille de la première guerre mondiale. Des évenements étranges sont survenus dans ce village. Un narrateur âgé, l'instituteur du village, nous raconte cette histoire qui s'est déroulée dans sa jeunesse pour lui apporter un nouvel éclairage. En effet plusieurs évenements restent inexpliqués : un médecin accidenté, le fils du baron malmené et un enfant trisomique dont on a tenté de crever les yeux ...

Haneke nous plonge dans un univers austère, filmé en noir et blanc, en costumes d'époque (à ce titre la reconstitution historique est parfaite de précision). La mise en scène est rigoureuse avec des plans très soignés. Un univers apparemment policé qui dévoile des pesonnages étranges et des enfants tourmentés. Une éducation rigoriste est donnée à ces jeunes allemands. Haneke nous dépeint des personnages viciés dans leur noirceur : un pasteur autoritaire, un régisseur violent et un médecin sadique. Ce sont les visages des enfants qui disent le mieux la peur et l'enfermement qu'on leur transmet. Contrairement aux autres films de Haneke, la violence est souvent hors champ, n'est pas démonstrative mais se cache derrière les portes. Haneke suggère plus qu'il ne montre. Une violence mentale est exercée sur les enfants. Le Ruban Blanc est un film où les bons sentiments sont absents, refoulés ou cachés pour reprendre un titre de ces films. La seule lumière vient de l'instituteur, qui raconte l'histoire, c'est un homme ouvert. Sa rencontre avec une jeune nurse du domaine va conduire le film parfois vers une dimension plus apaisée, plus romantique.

Haneke décrit également les rapports de pouvoir entre le baron du village et les simples fermiers. Il y décrit l'injustice qui conduira un homme au suicide. Les images violentes comme la pendaison d'un fermier sont furtives mais marquent les esprits. Parallèlement une enquète policière suit son cours sur les événements tragiques qui frappent le village mais ceux-ci semblent être un prétexte narratif pour explorer l'âme des habitants, l'âme humaine en général.


On peut noter la prestation remarquable des enfants. La signification du titre du film est assez simple. Le ruban Blanc est le ruban que le pasteur noue aux bras de ses enfants pour les purifier. Là encore l'idée du mal est récurrente dans les films d'Haneke. Sauf que, dans ce film, on ne soigne pas le mal mais on l'entretient ou on l'invente. On peut voir à ce titre une critique du protestantisme dans ce qu'il a d'extrême et de systématique.

Voir ici la bande annonce

Court Métrange

Festival rennais du
court métrage insolite et fantastique


Le Ruban blanc **

dimanche 18 octobre 2009

Eclair de Jesco White, Von Trier D'or *****


Cannes décerne chaque année ses Palmes, Dinard remet ses Hitchcoks à ses lauréats.
Pourtant, avec White Lightnin', littéralement "Eclair blanc" ou plus justement l'éclair Jesco "White", Dominic Murphy aurait mérité plus encore un Von Trier d'or (mais non un Dogma d'or). Car si cette œuvre a de quoi effrayer, angoisser, la référence à Hitchcock est bien trop lointaine; la lignée est ailleurs. Nul suspense, nulle intrigue; en lieu et place un simple destin, un destin simple, celui de Jesco White, danseur illuminé de tap-danse, danse des montagnes, tiré d'une histoire vraie. La trame chronologique choisie s'avère parfaitement didactique; le spectateur se voit tour à tour exposer d'une part les causes, le contexte social et familial, par ailleurs dans une parenthèse enchanteresse une incursion dans le réel, le concret, la vie rédemptrice, et d'autre part les conséquences, les actes. Le mot n'est jamais prononcé mais le film questionne en permanence la maladie mentale, une psychose schizophrénique vraisemblablement. Le plus plausiblement, nous interprétons que la maladie se déclenche contextuellement, tout d'abord par un climat social difficile et asphyxiant, de celui qui nous fait dire "ce n’est pas gagné d'avance" ou "y'a du boulot". Tout est presque perdu d'avance à vrai dire, et la tâche semble insurmontable. Loin du confort bourgeois, loin des strass et paillettes d'une enfance châtelaine qui nous est si souvent contée, nous nous trouvons ici face à une vie à la marge, faite d'incertitudes, de difficultés à joindre les deux bouts, de dureté dans les rapports, de débauches fréquentes, de dérèglements : l'enfance de Jesco White lui appartient pleinement, si ce n'est cette lignée paternelle, ce don de la danse que lui enseigne son père; Jesco sera le dernier danseur des montagnes appalaches.


Dans ce contexte précis, fuir, s'échapper, intègre tout naturellement le quotidien d'un enfant de 6 ans, livré à lui même, livré à ses démons (Le diable probablement dirait Bresson), l'essence humée procure avec facilité cette nécessité de l'ailleurs, ce besoin d'apaisement. L'addiction naît, peut-on dire, en conséquence. Pourtant celle-ci en retour produit ses effets, l'absence de construction mentale, l'absence de repère, ce "no limit" qui légitime la violence et les excès, l'agissement sans discernement de ces notions essentielles que sont le Bien et le Mal ici confuses et récupérées: les sens perturbés par l'essence, l'essence de la vie évaporée, l'essence d'une déraison contre laquelle la société lutte; centres de rééducation en substitut; le démon doit être maté; la violence éducatrice en réponse à la violence. Cause ou conséquence, à chacun d'essayer d'y voir clair, car Dominic Murphy opte pour la confusion du genre et s'écarte de toute entreprise de dénonciation, de toute poésie élévatrice - la comparaison avec Birdie ou Vol au dessus d'un nid de coucou est vaine -, de toute construction manichéenne et pourtant il ne joue aucunement sur les nuances, il donne la parole au délire, parti pris rare, sans distance. Le narrateur décrit lui même sa confusion psychiatrique, y mêle un mysticisme emprunt aux dérives sectaires, aux messages appuyés par des réécritures, réinterprétations de références religieuses. De la confusion des genres naît la confusion des sens qui nous est exposée, nous mène de fausses pistes en fausses pistes - et pourtant l'effet de surprise ne devrait exister, car tout est dit, tout, une chose mais aussi son contraire. Les paradoxes sont innombrables, notre cerveau est invité à analyser, encaisser devrait-on dire, des signaux contradictoires qui jouent sur l'ensemble de nos cordes sensibles: amour, haine, violence, rédemption, vengeance, lutte intérieur; tels sont quelques sentiments que le récit traverse, dans ce qu'il serait honnête d'appeler un voyage psychiatrique. Tout comme "Breaking the wave", la narration se construit en tableaux, dans une photographie tout simplement magnifique. Maestria.


Le personnage principal parvient à nous être parfois sympathique, nous en sommes amenés à compatir, et il convient ici de relever l'interprétation exceptionnelle d'Edward Hogg, au regard de chien battu, de chien fou, crédible dans les sensibles instants, les meilleurs mais aussi et surtout les pires, qui nous rappelle par exemple la révolte lue dans le regard de Daniel Day Lewis dans "Au nom du père".




Nous avons tu jusqu'alors que le film ne peut être visionné par tous, et nous devrions aussi dans ce cas aussi taire que le film est une véritable épreuve pour le spectateur, épreuve sensuelle radicale, que d'aucuns qualifieront de prises d'otages, épreuve insoutenable tant la violence y atteint des sommets inégalés, à faire passer "Irréversible" pour une production Walt Disney, épreuve dont on ne sort pas indemne, épreuve qu'il convient cependant de nommer de son nom: chef d'œuvre notoire, comme l'était "Orange Mécanique" en son temps.

N'en déplaise à tous ceux que la radicalité rebute, ce film est l'un des meilleurs du genre; la provocation permanente des sons et des images dérange au final peut être moins que l'intégration aseptisée des dérives psychiatriques en poivre et sel de vinaigrettes fadasses et conventionnelles. Quand la violence est le sujet, elle est légitime. La fonction cathartique n'est pas assurée cependant: interdisons, par précaution, ce chef d'œuvre aux âmes qui se laisseraient perturber.




vendredi 16 octobre 2009

500 jours ensemble **

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500 jours ensemble est le premier long métrage de Marc Webb. Cet ancien réalisateur de clips (pour les groupes Maroon 5 ou Evanescence entre autres) est passé à la réalisation de films. Il met en scène Tom un jeune publicitaire qui va avoir un coup de foudre pour Summer la secrétaire de son patron. Nous sommes donc en présence d'une comédie romantique qui refuse de tomber dans la mièvrerie ou la banalité par le choix d'une mise en scène ludique et pleine de surprises. Pendant 500 jours nous voyageons dans la mémoire de Tom qui repasse les différentes étapes de sa relation avec Summer : de la première rencontre à la rupture. Tom est un idéaliste de l'amour tandis que Summer ne croit pas au grand amour. De cette divergence naitront les premières difficultés de leur relation. Comme le dit la voix off du film : "ce n'est pas une histoire d'amour mais un film qui parle d'amour".
Pendant ces 500 jours nous ferons des allers et retours dans les souvenirs de Tom, les moments d'euphorie, les jours tristes, les blessures puis les haines essentiellement de son point de vue On peut voir le film comme une étude des états amoureux mais traitée d'une manière ludique. Ce film est tout d'abord un bon divertissement issu du cinéma indépendant américain. On peut noter également la place importante accordée à la musique. Une bande originale très pop ajoute des couleurs au film. Et puis les personnages eux-mêmes parlent musique , des Smiths de Ringo Starr, chantent les Pixies à un karaoké. A ce titre le film fait référence à un autre succès du cinéma indépendant Juno où on parlait musique également.
500 JOURS ENSEMBLE - BANDE-ANNONCE VF



lundi 12 octobre 2009

Dinard, 20eme, bon millésime !




Nous avons couvert le festival 2009 de Dinard, qui, cette année, fêtait ses 20 ans sous l'œil bienveillant du grand Alfred, dont la nouvelle statue a été inaugurée.

La programmation, le jury, les participants ont été à la hauteur de cette anniversaire.

Nous avons assisté à l'ensemble du festival -cérémonies et projections- et aussi pu interviewer, notamment, Jean-Pierre Lavoignat (sans qui "Première"et "Studio" n'existeraient pas) ainsi que Zoé Felix (interprète de l'excellent Déjà Mort mais aussi des succès records Bienvenue chez les Ch'tis et Clara Sheller) mais aussi des membres lambda du public -sans qui le festival ne serait pas.



Le prix du jury White lightnin', film à qui Irréversible, de Gaspard Noé, n'a rien à envier tant par son propos que son esthétique insoutenables, créé la polémique. Le choix du public, lui, est diamétralement opposé, s'orientant vers l'optimiste et la gaieté avec le documentaire Sounds like teen spirit. Enfin, le prix du scénario, Jean Charles, en associant virtuosité romanesque et faits inspirés d'une réalité politique nous a particulièrement touché.



Par ailleurs, d'autres films, toutes catégories confondues, sont de très haut vol et méritent toute l'attention d'un large public, notamment les provocants Ivul, An education, ou bien encore She, a chinese, en compétition.




Dans un registre plus léger mais moins réussi, Lesbian vampire killers et The calling ont déclenché un enthousiasme spontané et contextuel dans la salle...

dimanche 11 octobre 2009

Au voleur : L'échappée belle

Au voleur marque une des dernières apparitions de guillaume Depardieu à l'écran . Dans ce film , on le retrouve dans la peau d'un voleur qui va rencontrer une jeune professeur d'allemand incarnée par florence Loiret-caille .ils vont se plaire mais très vite , la vie hors la loi de Depardieu va les contraindre à prendre la fuite .C'est le début alors d'une cavale amoureuse dans une forêt près des bords de Seine .Le fim va prendre un ton naturaliste . On sort du décor initial , d'une ville de banlieue d'Ille de France pour s'immerger dans la nature .Les deux amants quittent alors le monde social pour s'aimer en toute liberté .D'ailleurs ils se savent traqués par la police .Mais cette menace ne les empêche pas de vivre au jour le jour . L'histoire pourrait avoir des allures de film policier mais la réalisatrice se concentre surtout à filmer un couple qui doit vivre dans un environnement étranger .Une réelle complicité s'opère entre les deux comédiens qui incarnent des personnages sensibles et attachants .Attachant est le qualificatif qui convient bien au rôle de Depardieu :personnage à la fois vulnérable très crédible en marginal à l'humanité décelable dans le regard , dans son attention portée à la vie . On avait déja vu Depardieu dans Versailles jouant le rôle d'un sdf prenant sous son aile un petit garçon . Guillaume Depardieu incarnait à la perfection les personnages en marge , à hauteur d'homme qui savait jouer avec leurs failles tout en conférant à ses personnages une véritable force .Depardieu avait comme son père une gueule de cinéma mais il avait surtout une beauté étrange et l'âme d'un poête .

Le film est à la fois empreint d'une dimension sociale ( la jeune prof d'allemand enseigne en z.e.p)et d'une dimension naturaliste (les paysages de forêt ).La partie la plus intéressante plastiquement est la partie naturaliste oû la nature est sublimée .Cette cavale parfois aux airs bucoliques rappelle les films de Terence Malick et principalement badlands oû là aussi il est question d'un couple en cavale .Mais surtout Malick est le cinéaste naturaliste par excellence et apparait comme un modèle pour la réalistrice sarah Leonor .On peut parler aussi de la bande originale qui colle très bien aux plans et à l'atmosphère d'évasion du film .On retrouve un mélange de musique folk , country (woody guthrie )et des percussions algériennes . Une musique et des ballades qui renvoient à un certain imaginaire américain .Je ne dévoilerai pas l'issue de la cavale mais je peux juste dire que la pirouette finale fait penser à A bout de souffle .Depardieu a tiré sa réverence d'une belle manière . On regrettera de ne plus le voir aujourd'hui pour ce qu'il avait d'unique et de sauvage ,d'humain et d'indécelable .

mardi 22 septembre 2009

Partir **(*)


Partir. Ce n'est pas une question. C'est une affirmation.
Thèse fémisniste ici mise en lumière par Catherine, Breillat me demanderez-vous, Corsini (La nouvelle Eve, la répétition) vous répondrais-je.
Nous avons définitivement quitté le ton rigolard qui s'amusait de la crise de la trentaine, pour un ton plus affirmé; plus dur, plus féministe, plus érotique. Le film explore deux relations, deux sentiments. D'un côté, l'épouse mère, rompue aux tâches ménagères, lié à un mari charmant au sens matérialiste du terme. De l'autre, la femme, qui s'ennuie, qui est dévalorisée en permanence, dépendante, qui épouse les projets de son mari et de ses conceptions toutes faites de la réussite, face à ses désirs d'ailleurs, d'autre chose, de quelqu'un d'autre. Ce film Doillon l'aurait peut être appelé "Le premier venu".
Kristin Scott Thomas a été choisie pour incarner cette femme qui décide de prendre son destin en main, de démarrer une nouvelle vie, de façon très égoïste certes, mais elle n'y peut rien dit-elle, c'est plus fort qu'elle. Elle est objet de désir, mais surtout sujette à désir. Corsini aime à en explorer l'intensité , qu'elle projette sur cet ouvrier (Sergi Lopez) juste sorti de prison, aux aspirations poétiques, dans une photographie certes crue mais qui doit retranscrire la passion corporelle, le partage des corps.




A contrario, les scénes conjugales laissent place à un plaisir à l'initiative, aucunement partagé. L'amour pour le docteur richissime et possessif, Yvan Attal en amoureux trompé, au comportement dominant, pour ne pas dire castrateur, est parti.

Le personnage de Kristin Scott Thomas décide elle aussi de partir.
L'intérêt du film pourrait résider dans le dilemne de la relation, ou dans l'opposition des deux sentiments. Mais à dire vrai, seule une seule des deux relations s'imposent à nous avec justesse, l'autre nous décoit davantage, avec une impression de déjà vu ailleurs, voire de cliché.
Oui, la relation qui mérite le détour est celle entre le mari et la femme (à moindre titre celle entre la mère et ses enfants); notamment certaines scènes sont très fortes; les larmes d'Yvan Attal y sont peut être pour quelque chose. Certains diraient que ces scènes sont belles; belles dans leur extrême dureté, dans leur radicalité, et peut être principalement dans leurs douleurs exposées, aux consonnances réelles, dans une société française où le destin féminin s'impose de plus en plus à lui même, où les femmes refusent de plus en plus souvent la soumission que les hommes leur ont imposé en grand naturel.
On se posera la question de l'inspiration de Catherine Corsini, on s'interrogera sur la volonté de filmer cette émancipation.

samedi 19 septembre 2009

Fish Tank ***


Fish Tank est le second film anglais d'Andrea Arnold après Redroad. Il a reçu le prix du jury au dernier festival de cannes ... un prix amplement mérité. Fish tank c'est l'histoire d'une adolescente de 15 ans, Mia qui vit dans une banlieue morne de l'Essex à l'est de Londres, avec sa mère qui l'éleve seule et sa petite soeur. Mia est une dure à cuire, une rebelle. Les premiers plans du film tournés caméra à l'épaule nous la montrent instable, sauvage, s'exprimant avec un langage de charretier, cherchant dans sa cité une autre jeune fille pour finalement aller lui coller un coup de boule en pleine tête. Nous avons donc à faire à un caractère bien trempé. De plus les relations familiales ne sont pas réellement au beau fixe avec une mère peu aimante et une petite soeur qui manie la langue anglaise comme elle. Au premier abord, on se sent donc proche d'un cinéma social à la Ken Loach, une cité délaissée, des problèmes familiaux, un personnage écorché. Deux évenements vont cependant faire basculer l'histoire : l'intérêt de Mia pour la danse Hip Hop et l'arrivée dans la famille du nouvel amant de sa mère.

La plus belle partie du film naît de cette rencontre entre le nouvel amant de sa mère et Mia. Lui est un homme très sexy et elle une adolescente pas vraiment consciente de sa féminité. L'homme est interprété par Michael Fassbender qui a déja joué dans Hunger de Steve Macqueen ou encore dans le dernier Tarantino. Elle va lui faire partager sa nouvelle passion pour la danse Hip hop tandis que lui va s'imposer auprès d'elle comme un père de substitution, un confident voire un amant potentiel .

Sans lorgner vers la comédie sentimentale, le film va s'aventurer à nous décrire un éveil sensuel naissant chez la jeune femme et va alimenter l'histoire d'un certain érotisme très bien rendu dans des plans au ralenti où les respirations se font entendre où Mia semble finalement apaisée. La découverte du désir chez cette jeune femme rend bien compte de la vulnérabilité des adolescents et de toute la sensualité que peut récéler cet âge là.

Ce n'est pas un film social de plus, Andrea Arnold prend des chemins de traverse et nous raconte avant tout l'histoire d'une jeune femme qui va apprendre à se découvrir. On peut encore vanter les mérites de cette jeune actrice de 17 ans Katie Jarvis qui illumine le film quand elle sourit (rarement) et la comparer aux révélations qu'ont pu etre Emilie Dequenne dans Rosetta ou encore Sandrine Bonnaire dans "à nos amours".

On peut également noter que le titre du film signifierait un poisson dans un aquarium bien que la réalisatrice dit bien qu'il n'ya pas de sens définis au titre .

samedi 12 septembre 2009

Singularités d'une jeune fille blonde **

Il ne reste guère que Manoel De Oliveira. Nos autres grands maîtres, défenseurs du cinéma intellectualisé, quasi centenaires, ont disparu l'année dernière, presque l'un après l'autre (Antonioni, Bergman). Monsieur Oliveira nous livre régulièrement sa réflexion de l'année, et questionne la culture. Cette fois-ci, il s'arrête sur une réflexion de Pessoa, le temps d'une nouvelle adaptée, pour mettre en illustration cette pensée: "Tout le mal du monde vient de ce que nous nous intéressons aux autres". Et la forme mérite commentaires ! Nous sommes premièrement très surpris de l'aspect narratif, qui nous rappelle un peu Bergman; nous spectateurs, en même temps qu'une dame dans le bus, sommes invités à entendre les malheurs qui sont arrivés à un jeune amoureux. Etrange intemporalité de ce film, pourtant sans référence chronologique marquée, mais les comportements rigides, presques risibles, sonnent désuets. Parfois, on pense à Dom Quichotte. La forme, c'est surtout celle d'une bluette que se permet le maître, on pense encore à "l'anglaise et le Duc" de Rohmer, autre spécialiste du désuet, en plus accessible cependant. Sans musique qui plus est. Ici la forme est volontairement courte, seulement une heure, un petit film de chambre pour un compositeur habitué aux symphonies, une nouvelle pour un écrivain goncourisé. Une petite fable, étrange et légèrement subtile, qui prend le temps d'exposer quelques vers de Pessoa, autre référence obligatoire de la culture lisutanienne, mais surtout une fable farce, clin d'oeil, ironique. Quelle charmante façon de filmer une embrassade ! Les visages, pourtant mis en valeur dans de nombreux portraits arrêtés, sont ici oubliés, pour laisser place à un jeu de pied évocateur. Ellipse charmante.
L'actrice principale, Catarina Wallenstein, au minois qui nous rappelle tout à la fois Britney Spears et Hélène de Fougerolles, est une inconnue en France, et n'est pas une habituée d'Oliveira, au contraire de son petit fils, Ricardo Trepa. Elle joue posée, gracieuse et élégante. On s'amuse de la quête amoureuse du jeune homme, qui très rapidement en vient à des projets de mariage, son but ultime qui lui vaut déboires et désillusions; l'homme fauché, mis dans la rue et à pied par son Oncle protecteur et influent, outré des projets de mariage, rencontre un bienfaiteur qui lui vaut fortune dans un premier temps, mais lui reprend tout aussitôt, profitant de sa naiveté.

 La providence repasse par là, la fortune l'attend de nouveau au Cap vert, et l'oncle rigide vire soudainement et réintroduit son brillant neveu; le tapis rouge au mariage et au projet de bonheur ! Quel bonheur ? Et très brièvement, très légérement même, l'ironie du sort ressurgit, et la pensée de Pessoa est mise en abîme avec un train qui passe, mais ne s'arrête pas. Rigolo. Au final, Oliveira nous livre ici un récit léger et accessible, presque didactique de son oeuvre entière.

Aucun regret ***

L'ennui pouvait ennuyer. La plastique était belle, Sophie Guillemin moins, mais son jeu sonnait étrange et tout ou presque reposait sur cet échange avec un Berling plutôt atone et désirant.
La rencontre entre un acteur professionnel et une amatrice, un choc des contraires, dans le casting et à l'écran.
Le nom Cédric Kahn s'était imposé, la critique a su voir l'esthète.
Quelques années plus tard, le désir interroge de nouveau le réalisateur, toujours aussi attiré par les conflits internes, les pulsions amoureuses, l'épanouissement corporel. Mais cette fois-ci, Cedric Kahn s'intéresse aux regrets du désir, à une mémoire d'un désir, et la liberté de création permet de réveiller les émois enfouis, refoulés. Il offre à Yvan Attal, bien loin de ses compositions récentes ou plus anciennes, d'adolescent turbulent (Aux yeux du monde), l'occasion de briller en amoureux retrouvé, en homme fougueux qui se réveille soudainement pour redonner sens à sa vie. Ce rôle est assez fort.
Surtout, à la différence de l'ennui, Kahn nous étonne en peignant des personnages expressifs, passionnés, et empreints de sentimentalité. La peinture n'est pas uniquement statique, elle est dynamique, au point que Cedric Kahn lui même considère son film comme un film d'actions !
Les évènements romanesques s'enchaînent, alors que nous restons pour autant dans un cinéma de gestes, où les silences et les expressions; à l'image d'un Bresson; composent eux aussi un dialogue, une histoire.
De nombreux plans s'arrêtent, et tour à tour nous saisissent, nous glacent, nous interloquent, nous interrogent. Nous sommes dans un cinéma en mouvement, entraînés dans une fuite plutôt effrénée dont l'issue nous est inconnue; il en émane la naissance d'un suspens que la musique stridente de Philip Glass entretient.
La recette est pourtant connue, Kahn dit l'emprunter pour partie à Truffaut et à "la Femme d'à côté", sur cette question du retour du passé enfouie , dont le deuil n'a jamais été fait, dans le présent, mais aussi dans cet amour interdit, qui rapproche deux être très différents et quelque part complémentaire. Yvan Attal campe Mathieu, un "terrien", architecte à l'ambition mesurée, rangé dans son quotidien professionnel qu'il partage avec son épouse presque à son image, jouée par l'intéressante Arly Jover, que l'on avait aperçu notamment dans "le voyage aux Pyrénées", le film des frères Larrieu, qui réunissait aussi au casting Philippe Katerine . Il avance jusqu'alors dans la vie avec certitude, et veut maîtriser son destin; il prend les décisions, vit dans le présent.
Valeria Bruni Teddeschi, Maya,  incarne elle une jeune femme qui se laisse envahir par ses instincts, se laisse guider par la vie, ici ou là; elle subit la vie, ses aléas. Le passé lui a valu infortune; elle s'accroche à des projets qui ne sont pas les siens. Sensuelle, énigmatique, incohérente, animée; son personnage est mystérieux. La demie-sœur de Carla Bruni nous rappelle ici son rôle dans "Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel"de Laurence Ferreira Barbosa, au scénario duquel avait participé un certain Cedric Kahn.

Tous deux se sont aimés dans leur prime jeunesse, d'un amour ambitieux, difficile; le désir les envoûte, les dépasse, leur fait peur. La cristallisation Stendahlienne s'éternise, les doutes ne laissent pas place aux certitudes, l'union fait naître la douleur de l'absence, la nécessité de la fuite.
La fuite qui permet le retour au calme, à la stabilité, bien loin des projets d'aventure.
Le film raconte la résurgence subite de cet amour dans l'esprit de Mathieu; perturbé par la mort de sa mère à laquelle il assiste. Il en souffre. Les images du jeune Mathieu restent en lui; il se sépare des choses qui restent, de quelques mémoires, mais souhaite toujours honorer et respecter son passé, et ne pas vendre les biens de ses parents, alors que son frère qui a depuis longtemps tourné la page ne s'embarrasse pas de pareil sentimentalité; et le lui fait bien savoir dans un reproche cinglant. Mathieu a réussi "en apparence" semble-t-il lui dire, le fragilisant peut être dans ses certitudes auxquelles il se raccroche, notamment dans cet amour qu'il a "bien sûr" pour sa femme. La fragilité le rattrape dés qu'il voit Maya ...
La suite et la fin, nous ne la regrettons pas. Le cinéaste fait preuve d'une belle qualité narrative, d'un esprit romanesque animé; il prend soin d'éviter d'apitoyer sa caméra sur les victimes de ce jeu d'adultère, avec une certaine élégance pour rester sur son sujet; et surtout il conclut sur une ellipse qui nous fait dire que plus que jamais les regrets sont éternels.
A tout vous dire, si Kahn pense à une trilogie après "l'ennui" et "les regrets", conseillons lui "les remords".

Place ici à la bande annonce de ce bon film, qui laisse place à de multiples lecture.


mercredi 9 septembre 2009

THIS IS IT

samedi 5 septembre 2009

Un prophète * de Jacques Audiard : descendons

Il m'en vient à comparer "Un prophète" d'Audiard avec l'Alchimiste de Cuehlo, quand plus logiquement j'eus du m'en référer au Prophète de Gibran. Le "prophète" d'Audiard et "l'alchimiste" bénéficient tous deux d'une critique dithyrambique, pour ne pas dire conciliante. Est-ce un sacrilège que d'oser émettre un avis contraire jusqu'à remettre en cause la qualité même de l'une et l'autre oeuvre ?
En tout cas, ce ne puit être une prophétie, puisque le succès d'estime apparaît trivial.

Le meilleur film de la croisette, entends-je ici, livre magnifique, plein de sagesse, d'apprentissage lis-je là, acteur magnifique entends-je encore.

La comparaison est bel(le)et bien douteuse, n'en doutez pas, les deux oeuvres n'ont de semblable que l'accueil critique qu'elles reçoivent, tandis que l'un s'apparente à un conte enfantin simpliste et naïf; l'autre ressemble bien plus à un sinistre pamphlet abracadabrant. Livrons-nous à un réquisitoire qui laissera insensible les seuls non amateurs, et n'épargnera par contre pas les retranchés, les éperdus aficionados du nom Audiard, car je suppose que la filiation avec le parolier des tontons flingueurs joue pour beaucoup dans la notoriété de son fils, même si évidemment la critique l'attendait au virage. Bon, évidemment l'exagération discrédite quelque peu le propos, et le radicalisme mais aussi la simplicité du raisonnement invitent à se retrancher bien plus encore derrière cette certitude que Jacques Audiard est un grand.

Seulement, je veux ici justement démontrer que "Un prophète", adaptation de "Le prophète" d'Abdel Raouf Dafri, use lui aussi de procédés tout aussi malhonnêtes, à commencer par cette prison, lieu et thème, montée de toute pièce pour l'occasion.

Le film prend ensuite le parti du sérieux. Et sérieusement il ennuie dés le départ.

Ce film souffre d'un manque de nuance flagrant. Tout y est grossier, les grosses ficelles se succèdent les unes aux autres. Nous sommes otages. Le scénario alambiqué ne charme nullement. Audiard a sans aucun doute de quoi être infatué tant la critique est unanime envers lui, et univoque.
Tel Patrick Juvet je me demande où sont les femmes. Absence de passions, de sentiment même. Alors on se dit que le film porte à réflexion. Touché couché, point nenni ...
Je résume: Le méchant arabe va en prison mais on est pas sur qu'il est si méchant, et un méchant corse qui sait tout façon président super star, (mais il n'a donc rien d'autre à faire que de savoir ?) lui dit de tuer un méchant arabe sinon il le tue. Il est très très méchant, et faut pas qu'on le regarde quand il parle. En échange il va le protéger notre méchant qu'on croit gentil et l'embrigader dans son gang. Une fois dans son gang, on voit bien qui est le chef, mais le petit chef aimerait bien devenir chef de gang aussi. La guerre des corses et des arabes aura-t-elle lieu ? Mince alors, un corse traficote avec les italiens, et le trafic de cannabis organisé par les arabes pose souci à notre méchant héros qui ressemble à Debouze de visage. Le petit chef trahira le grand chef, histoire de lui montrer que le renouvellement des générations n'attend pas le papy-boom.
Quand je vous dis que le scénario étourdit ...

Bref, digne de Mesrine ce synopsis.
Audiard cite ici "Scarface" en contre référence, ou encore "Le parrain" en modèle. Il avoue son background limité sur les films du genre, "un condamné à mort" s'est échappé (dommage que l'on ne puisse vraiment pas faire la comparaison), les signés Giovanni dont il souligne l'éloignement, et dit encore ne pas connaître des séries américaines dont le nom n'est pas pourtant pas forcément connu du plus grand nombre.

Taisons la violence, elle est tout aussi choc que particulièrement inutile, en ce qu'elle n'est pas le véritable sujet.

Alors il peut rester la qualité esthétique. Où est elle ? Dans la couleur marron du sang peut être, c'est ma foi mieux que le rouge vif d'Argento. Plus sérieusement, les portraits sont quand même assez saisissants, notamment ceux d'Arestrup.


Quant au sujet, est-il finalement l'incarcération ? Doutons-en.

On nous dira que le film réinvente le genre, que le jeu des acteurs, bien plus Rahim le bleuet qu'Arestrup le vétéran, finalement peu cité, resplendit.

Oui, mais non.
Ceci est bien entendu subjectif, et disons-le quand même; ce billet se veut très subjectif lui aussi et est certainement teinté d'une part de mauvaise foi consécutive de la simple déception que fut la mienne face à ce Grand prix du Jury Cannois, ma foi, fort austère.

Le film plaît aux critiques, il plaira bien entendu à d'autres, mais vous l'aurez compris, je ne suis pas.

Un Prophète : Bande-annonce (VF)

jeudi 3 septembre 2009

Inglorious basterds ****: Tarantino retrouvé puis de nouveau perdu

Excellent film!
Voilà ce que l'on dirait d'Inglorious Basterds, après avoir vu la première heure et demie. Un cinéma intelligent, fin, presque nuancé ! Des dialogues très bien sentis, une justesse de ton étonnante pour un propos tout à la fois caustique et grave. Un film particulièrement bien renseigné, fouillé. Il en ressort un plaisir visuel et sensuel, nous voyons un très bon film, Quentin Tarantino nous reprouve son talent, s'affirme en très bon cinéaste, son génie ne fait pas de doute. Nous sourions plus que nous rions, mais nous sommes captivés, stupéfaits, admiratifs parfois devant les plans, discours, situations, le tout avec un brio manifeste pour tout ce qui touche au rythme, tel un morceau de musique talentueux, le rythme oscille entre accélération, exposition lente, le tout dans un mouvement de caméra parfois cinglant, parfois rotatif, parfois contemplatif.
Parfaite maîtrise et grande justesse. Les références européennes et cinéphilliques de Tarantino sautent aux yeux. Le propos est décousu, la reconstruction historique étonnante, les scalps nous apportent un brin de violence visuel, prétexte au comique.
Quel gâchis !
Est-on pourtant tenté de dire si l'on considère la dernière demie-heure, ou tout explose, ou le scénario tenu se transforme en déferlement de n'importe quoi, certes burlesque, mais oh combien destructeur de l'entreprise de départ. Kill Bill revient au galop, il faut que ça gicle, que le sang coule, que le show soit total, sans recherche de sens,que l'action soit pleine ! Tant pis pour la trame de départ, elle était prétexte à ce grand show où le délire est roi, où la folie assassine s'empare de tous, et tant qu'à revisiter l'histoire, brûlons Hitler, mais pas seulement. Notre bon idiot de service, notre grimaçant Brad Pitt, à la manière d'un Travolta raffolant de Burgers, se cantonne dans un mimétisme simple, dans une ritualisation de ses actions.




Quand l'action et l'usuel viennent à supplanter le fondement de celle-ci, où l'un des procédés comiques dont s'amuse à tord et à travers Quentin Tarantino. Il s'amuse lui de plus en plus. Mais nous de moins en moins.
Au final, ce film nous apparâit bon, les acteurs français, à commencer par Mélanie Laurent, nous apportent une belle composition, Diane Kruger sonne elle aussi juste, nous rappelant que la consonnance germanique de son nom de famille n'est pas usurpée.




Les acteurs américains nous font sourire, le scénario est osé, et la façon de revisiter l'histoire finalement très novatrice. On vous a tout dit sur 39-45, oui, mais si on vous disait ce qui ne s'est pas passé exactement comme ça ?


Belle initiative, dommage finalement que Tarentino ait cherché la conciliation entre deux publics très différents(et pourtant l'entreprise est louable, et parfois réussit à d'autres talentueux cinéastes), les amateurs de pur divertissement et ceux qui se raccrochent à leur vision plus sélective de l'art, plus exigeants sur l'esthétique général, qui aime à retrouver dans les compositions qu'on leur soumet des composantes, dirons-nous, intellectualisantes.

lundi 15 juin 2009

Who's that knocking at my door : premier Scorcese réédité au TNB

Who's that knocking at my door est le premier long métrage de Scorcese. Tourné en noir et blanc , le film date de 1969. Il pose déjà les bases de son cinéma à venir. Il affirme ses sujets de prédilection en mettant en scène Jr , interprété par un Harvey Keitel débutant: un héros tiraillé entre ses principes religieux et son désir sexuel. La religion donc mais aussi le rôle de la bande son qui tient une place prédominante dans son oeuvre. Ici nous sommes face à une bande de petites frappes adeptes des soirées arrosées et des bagarres, à l'image du plan séquence d'introduction, auxquelles participe Jr. Scorcese filme également une histoire d'amour tourmentée comme dans tous ces films. La femme convoitée par Jr doit incarner une certaine pureté au sens religieux du terme et le problème c'est que la femme en question apprend à Jr qu'elle a été violée. L'amour auquel semblait être voué les deux personnages semble être contrarié. C'est souvent le tourment qui emporte les personnages des films de Scorcese.

Pourtant cette histoire d'amour a bien commencé et est filmé par Scorcese comme une leçon de cinéma. C'est en lui parlant de La prisonnière du désert de John Ford que Jr séduit cette jeune femme. A la manière d'un Truffaut pour exprimer la singularité de son cinéma , chez Scorcese on parle des films qu'on aime. Puis viennent les "scènes de lit" dans une chambre très pieuse qui renvoient à une scène très proche de Raging bull (entre De Niro et une jeune femme ) qui fut tournée dans la chambre même de la mère de Scorcese. Dans tous ces films les histoires entre homme et femme finissent mal en général : le couple déchiré de Raging bull ou de Casino. Dans ce film la violence n'est pas encore paroxystique entre les personnages . Pas encore de Joe Pesci pour incarner la violence même si la scène inaugurale, scène de bagarre présage la violence à venir dans les prochains films . La violence donc moins présente et surtout une bande de copains qui traînent qui boivent et qui emballent les filles à l'image des Vitelloni de Fellini autre référence pour cet italo-américain qu'est Scorcese.

C'est le Scorcese débutant qu'on aime dans ce film qui tente des choses visuellement et qui marque de son sceau la pellicule. On le regarde travailler la matière cinématographique et inventer. On retrouve son style : les arrêts sur image, les ralentis qui subliment le quotidien, les inserts d'images de cinéma expression d'un certain chaos mental du héros. Ruptures pour interpeller le spectateur , qui rappellent le Godard d'A bout de souffle. On retrouve aussi une bande son rock genre de musique qui accompagnera quasiment tous ses films .

On aime encore le cinéaste débutant pour l'intimité qu'il crée dans les scènes et qu'il continuera d'exprimer dans Mean streets. Son cinéma est plus insouciant et moins démesuré que les films qui suivront. Il y a une sorte d'innocence à l'image du visage encore juvénile d'Harvey Keitel. L'utilisation du noir et blanc donne au film un aspect proche du documentaire d'autant plus quand on voit que le film constitue aussi un document sur Scorcese lui même. On ne peut éluder la part autobiographique très forte du film : les scènes à l'église pour celui qui dit avoir hésité entre une carrière de prêtre ou de cinéaste.

Des scènes de nus, fantasmes d'Harvey Keitel apparaissent dans le film, rarissime dans le cinéma scorcésien. On sent bien que ce film est à la fois fondateur de son oeuvre et à part dans ce qu'il ose montrer. Who's that knocking at my door ou les débuts d'un grand cinéaste.






WHO'S THAT KNOCKING AT MY DOOR - Bande Annonce du Film -

Les beaux gosses

Les beaux gosses est le premier long métrage du dessinateur de BD Riad Sattouf. Il est connu, entre autres, pour avoir dépeint l'univers des adolescents dans sa série La vie secrète des jeunes dans Charlie Hebdo. Dans ce film, il n'y a rien à voir de commun avec les bluettes cinématographiques que sont La boum ou encore LoL . Le réalisateur évite l'écueil de ces films à l'eau de rose pour nous délivrer un univers plus "trash", plus "punk" et surtout avec un véritable regard d'auteur comique .

On suit alors les tribulations d'un jeune collégien pataud Hervé et de son copain Kamel, tronches de cinéma , qui subissent les conséquences de l'âge ingrat: boutonneux. Déboires auprès des filles sont leur lot quotidien. Les spectateurs sont donc en prise directe avec leurs questions sur la sexualité, leurs désirs voués à leur perte jusqu'au jour où Hervé le personnage principal séduit presque malgré lui Aurore une des plus belles filles du collège

Dans ce film , il y a toute une galerie de personnages aussi mémorables les uns que les autres : Hervé le jeune ado pataud qui exprime à la perfection la nonchalance de cet âge, Kamel son meilleur ami à la coupe de cheveux improbable fan de hard rock , on retrouve aussi la belle fille du collège méprisante, le caïd... Riad Sattouf évoque aussi toutes les humiliations qu'on se fait subir à cet âge où l'épanouissement apparaît très compliqué pour certains comme pour le jeune héros. Les échecs que rencontre le héros du film renforcent son pouvoir comique . Le réalisateur prend le contre pied du portrait type gravure de mode que font des ados les séries télés françaises ou américaines. Le titre du film est à cet égard très ironique. Le réalisateur dit qu'il voulait filmer avant tout des tronches et le pari est réussi .

Un univers décalé jusque dans l'attention portée aux petits rôles dont le plus marquant est celui de la mère d'Hervé interprétée par Noémie Lvovsky hilarante en mère maniaco dépressive qui ne cesse de s'immiscer dans la vie privée de son fils. Apparaissent également au générique Emmanuelle Devos en directrice excentrique, Irène Jacob en femme de la bourgeoisie ou encore un clin d'oeil à Marjane Satrapi autre figure de la bande dessinée .

On ne s'ennuie donc pas une seconde et on appréciera en plus le mauvais goût de certaines scènes humoristiques du film la référence au petit Grégory entre autres ou encore le suicide d'un des professeurs . La crudité d'un humour souvent assez noir vaut le déplacement dans un cinéma français souvent enclin à stéréotyper les ados dans un monde rose bonbon en décalage total avec la réalité, leur univers et leurs préoccupations que le réalisateur aborde frontalement et sans pincettes. Riad Sattouf en parlant de l'adolescence prend le parti d'en rire ce qui est sûrement le meilleur moyen de retranscrire avec justesse cette période de notre vie . Allez voir sans hésiter les beaux gosses qui se déroulent en plus dans notre ville à Rennes.

lundi 8 juin 2009

Lola Montes de Max Ophüls au TNB


Qu'y a-t-il de pire pour un cinéaste, auteur reconnu de surcroît, que de voir son oeuvre mutilée et déformée ? C'est ce qui est arrivé au grand Max Ophuls pour Lola Montès. Aujourd'hui, par le miracle des progrès numériques, le film ressort dans la version voulue par le réalisateur.

Le film sort en 1955, la vie d'une courtisane célèbre, adaptée d'après le roman de Cécil Saint Laurent (auteur de Caroline chérie) avec pour tête d'affiche, la plus grande star française de l'époque, Martine Carol. Hélas, le public n'est pas au rendez-vous. Aussi les producteurs décident de remonter entièrement le film dans un ordre chronologique, d'enlever les couleurs vives, les effets sonores, dénaturants complètement l'oeuvre d'origine. Pourtant le jeu sur ce format cinémascope, le son stéréophonique - la façon dont Ophüls en tirait partie - formaient la colonne vertébrale du film. Les modifier revenait à l'annuler. Truffaut, notamment, proteste. La version originale est encensée par Les Cahiers du cinéma -Godard, Rivette- mais aussi Jacques Tati ou Roberto Rossellini.

Cette "nouvelle" version, qui afflige le réalisateur, n'en sera pas moins un désastre.

En 1966, la société Les Films du Jeudi du producteur Pierre Braunberger racheta les droits d'exploitation du film. Sous l'égide de la Cinémathèque Française et avec l'aide du mécénat, une restauration exceptionnelle a été menée : la variété des palettes de couleurs, l'ampleur du son, la langue originale des dialogues, ainsi que le montage de l'auteur et le format du film ont été rendus à leur exactitude. Cette version a été autorisée par le propre fils du réalisateur, Marcel Ophüls.

Miraculeusement, le film initial réapparaît sous nos yeux. Étrange ironie du destin, les films les plus décriés passent sans transition dans l'approbation générale et la reconnaissance en tant que chef-d'oeuvre.

L'histoire retrace donc la vie d'une célèbre courtisane, incarnée par une Martine Carole au destin non moins tragique, qui, après avoir été une danseuse sans talent, maîtresse d'innombrables et illustres amants -dont le roi de Bavière- finit par devenir littéralement une phénomène de cirque : elle raconte sa vie sous un chapiteau à un public médusé. De spectaculaires tableaux vivants retracent les principaux épisodes de sa vie hors du commun.

Dans le film, que de flash-back initiés par ces tableaux! Mais les tours de force se trouvent justement là, dans les scènes du cirque, spectaculaires, incroyables, colorées, virtuoses, chorégraphiques, un peu cauchemardesques aussi : on ne sait ce qui défilent sous nos yeux : des géants, des nains, des animaux eux aussi de toutes tailles, des acrobates, des paillettes, des costumes chamarrés... Lola met sa vie en péril : à la fin de son "numéro" elle doit se mettre en péril devant le public en effectuant "un saut de la mort" sans filet, or son coeur de grande fumeuse de cigare vacille pour le moins, et elle ne tient guère sur ses jambes, y survivera-t-elle ?

Les scènes de cirque constituent tout l'attrait du film: on n'a jamais vu ça. On comprend, en les voyant, combien Jacques Tati ou plus récemment Baz Lurman (Moulin Rouge) ont pu s'en inspirer. Ophüls est le maître du chaos ordonné, de l'espace, du ballet, du mouvement, de la chorégraphie -tant celle des acteurs ou des figurants que celle de la caméra, des décors somptueux et luxuriants.

Les "admirateurs" de Martine Carole, amateurs de Caroline Chérie, ont du être déçus : pas de blondeur, pas d'esprit gaillard, pas de sein coquin dévoilé. Empérruquée de noir ivoire, bouche carmin -une sorte de Dita Von Teese- Carol est l'interprète idéale en ceci que la tragédie de son destin s'accorde parfaitement à celle de l'héroïne qu'elle incarne. On a dit qu'elle n'était pas une bonne actrice, on continue de le dire : on a tort. Si elle a certes été imposée par la production -à la place de Danièle Darrieux - Ophüls a su en tirer le meilleur et sa grâce maladroite, sa maturité -elle est femme et plus jeune fille-, la fragilité de son statut -encensée puis déchue- sont celles de Lola. Un an plus tard, cette actrice légère à la vie tragique -eh non Romy Schneider n'a pas le monopole du Destin Tragique- sera détrônée par une certaine Bardot. Lola Montès, émerveillement des yeux et serrement triste du coeur, porte le deuil : Ophuls décédera deux ans plus tard, sans avoir pu voir son film réhabilité, et Carol -souvenez-vous, la Monroe française !- à peine douze ans plus tard de manière tragique. Revoir Lola Montès les faire vivre encore.

vendredi 5 juin 2009

Antichrist ***


Soufre. Satan.
Nous parlons quand même de Von Trier, longtemps adulé tant que les récompenses ne suivaient pas, tant qu'il était dans l'ombre, et qui une fois parvenu, a commencé à faire naître des polémiques, a s'attirer les foudres de ceux là même qui l'ignoraient, ne le connaissaient pas.
Disons-le tout net, Antichrist n'est pas son meilleur film.
L'indignation est générale, et cette indignation, est par contre, très indignante.
Provocation, masochisme, acharnement, misogynie, scandale !
Certes, ces thèses peuvent être entendues, et peut être même qu'elles sont vraies. Oui mais ! Oui mais, nous parlons d'un réalisateur qui s'est toujours mis en marge, et qui a ouvert des voies à d'autres, même si le Dogme peut paraître austère, il fut une attaque virulente et sensée de l'hollywoodisation; et c'est tout à son honneur que de se renier aujourd'hui et de revenir à une forme et à un fond très proches de ses inspirations premières, qu'elles soient celles des fantômes de l'hôpital, série tv devenue culte sans pour autant être géniale, celles de l'excellent et impeccable Element of crime, mais aussi celles de ses inspirations fondamentales: Bergman en premier; en regardant Antichrist on crève de revoir Sarabande, l'analogie nous saute aux yeux, Tarkovski en second auquel il dédicace ce film, effet Miroir ? (on est proche en effet du Miroir de Tarkovski, plus que de Solaris, quoi que ...), les dramaturges nordiques en troisième (Ibsen, Stringberg).
Parcourons tous les points positifs de cet essai; tout d'abord louons l'essai, à la manière d'un Polanski, Von Trier souhaite nous faire peur et nous questionner; poursuivons par conseiller un montage du film qui lui donnerait une couleur toute différente; regroupons le prologue et l'épilogue, et reconnaissons que ces deux scènes sont parmi les plus belles qu'ils soient. Continuons, admettons que l'effroi, s'il est maintenu par des recettes écumées de film d'horreur (des musiques stridentes, angoissantes), prend par moment. Soulignons la richesse des lectures possibles de ce film, la richesse des thèmes évoquées, en tête la Nature, la forêt, la mythologie et la théologie (quoi que cela puisse faire bondir), la mystique, la psychologie [quoi que thérapeutique], en second le lien avec Von Trier lui même et donc la mise en abîme, le côté conte de Grimm interdit aux enfants; l'extrême beauté, magnifique choix esthétique que cet opéra d'Haendel, et enfin le côté intriguant, fascinant.
Mais n'oublions cependant pas de souligner les critiques valables, celles qui refusent l'intérêt de l'entreprise pornographique, salace, ou violente, celles qui visent le côté brouillon, inabouti, celles qui visent le côté répétitif de la thérapeutie, voire même son aspect ridicule, celles qui dénoncent le ridicule aussi des thèses sataniques, celles qui dénoncent le côté abscons mais aussi facile, celles qui dénoncent jusqu'au titre même et l'attaque en règle contre la religion et laissons ouverts les débats sur la misogynie et la morale sans nous positionner avec certitude.

Ce film reste en mémoire, et pourtant, il ne peut pas être qualifié de pièce d'exception, tant l'impression qui reste est mitigée.

A voir pour les seuls cinéphiles qui s'intéressent à Bergman, à Tarkovski, pour tous les fans de Von Trier et plus exactement pour les nostalgiques d'Element of Crime, pour les personnes très averties.
A ne surtout pas voir pour tous les autres, cinéphiles ou non, cela leur serait pleinement inutile et traumatisant.


Antichrist Bande annonce